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Hôtel de Toiras : le luxe d’une île qui n’a rien oublié

  • Photo du rédacteur: Gastrognito
    Gastrognito
  • il y a 6 jours
  • 7 min de lecture


Face au port de Saint-Martin-de-Ré, l’Hôtel de Toiras cultive une certaine idée de l’hospitalité française : historique sans être figée, raffinée sans devenir intimidante. Entre une suite ouverte sur les voiliers, une parenthèse confidentielle à la Villa Clarisse et les fameuses pâtes au homard du George’s, nous avons découvert une maison où chaque détail semble raconter un fragment de l’île.


© Photo éditoriale — Gastrognito / A.L.
© Photo éditoriale — Gastrognito / A.L.

Le port en première ligne


Il existe des hôtels que l’on choisit pour leur destination. Et puis il y a ceux qui finissent par en devenir l’un des symboles. À Saint-Martin-de-Ré, l’Hôtel de Toiras appartient sans hésitation à la seconde catégorie.


Installé à l’entrée du port, face aux bateaux, aux terrasses animées et aux façades claires de la capitale historique de l’île de Ré, l’établissement occupe une ancienne maison d’armateur du XVIIe siècle. Ses murs semblent avoir absorbé près de quatre siècles de vents atlantiques, de départs en mer et de retours au quai. Une mémoire que la maison ne cherche pas à effacer derrière un décor trop lisse.


Dès l’arrivée, le ton est donné. On entre ici comme dans une demeure particulière, avec cette impression rare que le lieu existait bien avant nous et qu’il continuera longtemps après notre passage. L’emplacement est spectaculaire, mais jamais démonstratif : la vie du port se déroule juste devant les fenêtres, à la manière d’un tableau mouvant.


Une maison qui préfère le caractère à l’uniformité


À l’heure où une partie de l’hôtellerie de luxe semble parfois reproduire les mêmes tons neutres et les mêmes lignes minimalistes d’un continent à l’autre, l’Hôtel de Toiras assume une personnalité bien plus affirmée.


L’architecture intérieure, imaginée avec Pierre-Yves Rochon, compose un univers fait d’étoffes, de meubles anciens, de patines, de boiseries et de références historiques. Chaque espace possède son atmosphère, sans jamais donner l’impression d’avoir été fabriqué pour répondre à une tendance passagère. Les traditions décoratives charentaises rencontrent ici un classicisme feutré, presque romanesque.


Le résultat nous fait subtilement remonter dans le temps. Non pas dans un décor de musée, mais dans une maison vivante, chaleureuse et habitée. Les tissus imprimés, les objets chinés et les nuances profondes créent un cadre authentique qui tranche avec le luxe standardisé. On ne vient pas seulement y chercher le confort d’un cinq-étoiles : on vient y retrouver le charme d’une époque où les hôtels possédaient encore une véritable identité.


© Photo éditoriale — Gastrognito / A.L.
© Photo éditoriale — Gastrognito / A.L.

Une suite au-dessus des toits, face à Saint-Martin


Notre séjour s’est déroulé tout en haut de la maison, dans une suite dominant le port de Saint-Martin-de-Ré.


Depuis les fenêtres, le regard glisse sur les mâts, les embarcations et les mouvements presque chorégraphiés du quai. Le matin, la lumière révèle progressivement les façades et les pavés. En fin de journée, le port change de rythme, les terrasses se remplissent et les derniers rayons viennent se déposer sur l’eau.


Cette vue ne constitue pas un simple argument hôtelier. Elle transforme véritablement l’expérience. Elle rappelle constamment où l’on se trouve et donne à la suite une dimension presque cinématographique. On pourrait rester longuement près de la fenêtre, à observer la vie de Saint-Martin plutôt qu’à vouloir immédiatement repartir explorer l’île.


À l’intérieur, le confort contemporain se fait discret pour laisser la place au caractère des volumes et du mobilier. L’atmosphère est généreuse, enveloppante, avec ce supplément d’âme que les rénovations trop parfaites finissent parfois par faire disparaître. Chaque chambre et chaque suite s’inspire d’ailleurs d’un personnage historique, renforçant cette sensation de séjourner dans une maison composée de récits plutôt que dans une succession de numéros de chambres.


© Photo éditoriale — Gastrognito / A.L.
© Photo éditoriale — Gastrognito / A.L.

Villa Clarisse, l’adresse sœur cachée dans Saint-Martin


À quelques minutes à pied du port, la Villa Clarisse dévoile un visage différent de la même hospitalité. Il serait d’ailleurs réducteur de la considérer comme une simple annexe : il s’agit plutôt de l’adresse sœur du Toiras, plus secrète, plus silencieuse et tournée vers le jardin.


Cette demeure historique accueille seulement neuf chambres et suites. Là encore, Pierre-Yves Rochon a travaillé sur l’équilibre entre patrimoine et confort contemporain, mais dans une palette plus lumineuse et plus épurée. Derrière ses murs, Saint-Martin semble soudain s’éloigner. La végétation, le calme et les façades blanches composent un refuge presque insulaire à l’intérieur même de l’île.


Le jardin, dessiné par le paysagiste Louis Benech, s’organise autour d’une piscine extérieure chauffée. Les clients de l’Hôtel de Toiras y bénéficient d’un accès privilégié, ce qui permet de passer naturellement de l’animation du port à une après-midi au bord de l’eau. À trois minutes de marche, l’ambiance change pourtant complètement.


La Villa abrite également le Spa par Olivier Claire, avec ses cabines de soins, ses espaces de repos et ses protocoles imaginés autour des produits de la maison française. Cette complémentarité constitue l’une des grandes forces de l’expérience : au Toiras, le spectacle du port et l’énergie de Saint-Martin ; à la Villa Clarisse, la confidentialité d’un jardin caché et le luxe plus introspectif du silence.


George’s, une table tournée vers l’Atlantique


Le soir, il suffit de descendre quelques marches pour rejoindre George’s, le restaurant de l’Hôtel de Toiras.


Sa terrasse s’ouvre directement sur le port, dans une élégance volontairement décontractée. La salle, habillée de références marines, prolonge l’identité de la maison sans tomber dans une interprétation littérale du décor côtier. Ici encore, le cadre participe pleinement au repas.


Le nom du restaurant multiplie les clins d’œil : à George Washington, dont un ancêtre était originaire de l’île de Ré, au fils d’Olivia et Didier Le Calvez, mais également au Four Seasons Hotel George V, où les propriétaires se sont rencontrés. Derrière cette accumulation de références se cache surtout une idée très simple : celle d’un lieu pensé pour recevoir, partager et créer des souvenirs.


Depuis 2024, les cuisines sont dirigées par Ronan Fillatre. Formé à l’école hôtelière Notre-Dame puis à Ferrandi Paris, le chef est passé par plusieurs maisons reconnues, parmi lesquelles le Carré des Feuillants à Paris, La Chèvre d’Or à Èze et L’Incomparable à Aix-les-Bains, où il a participé à l’obtention d’une étoile Michelin.


© Photo éditoriale — Gastrognito / A.L.
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Au George’s, cette technicité se met au service d’une cuisine de territoire. Les poissons de la criée, les coquillages, les légumes de saison et le sel de l’île de Ré constituent la grammaire principale d’une carte qui préfère la précision à l’esbroufe.


Les fameuses pâtes au homard du George’s


Certains établissements possèdent un plat qui dépasse progressivement son statut de recette pour devenir une véritable signature. Au George’s, ce sont les fameuses pâtes au homard.


L’intitulé officiel ne cherche d’ailleurs pas à entretenir le suspense. Le plat assume pleinement sa réputation et sa gourmandise. Dans l’assiette, le homard et les pâtes se rencontrent sans artifice inutile, dans une composition généreuse et particulièrement réconfortante.


La cuisson est précise, la sauce enveloppe les pâtes avec profondeur et la douceur iodée du crustacé s’impose sans jamais être masquée. Il y a quelque chose de presque familial dans cette assiette, mais exécuté avec la rigueur et la finesse attendues d’une grande maison.


C’est probablement ce contraste qui la rend aussi mémorable : un plat immédiatement lisible, gourmand dès le premier regard, mais dont l’équilibre révèle le travail de la cuisine. Pas de démonstration technique gratuite, pas de décor superflu. Simplement l’un de ces plats que l’on aimerait pouvoir recommander avant même que la carte n’arrive sur la table.


Les fameuses pâtes au homard figurent officiellement parmi les plats signatures de George’s, aux côtés de la sole à partager. Elles incarnent parfaitement la philosophie du restaurant : partir d’un produit remarquable, le traiter avec précision et ne jamais oublier le plaisir.


© Photo éditoriale — Gastrognito / A.L.
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Château Clarisse, du port de Ré aux terres de Saint-Émilion


L’histoire d’Olivia et Didier Le Calvez ne s’arrête pas aux quais de Saint-Martin. Elle se poursuit à plusieurs centaines de kilomètres de l’île, sur les terres calcaires de Puisseguin-Saint-Émilion.


Depuis 2009, le couple signe les vins du Château Clarisse, un domaine familial baptisé en hommage à leur fille. Après plusieurs années de recherche, ils choisissent un terroir posé sur un plateau de calcaire à Astéries, particulièrement adapté au Cabernet Franc et au Merlot.


Le projet possède une résonance particulière lorsque l’on connaît le parcours de Didier Le Calvez, figure internationale de l’hôtellerie de luxe. Après avoir dirigé plusieurs grandes maisons, il a notamment orchestré la réouverture du Four Seasons Hotel George V à Paris avant d’en assurer la direction générale. Avec Olivia Le Calvez, il transpose au vignoble la même recherche de précision, de régularité et d’élégance que dans leurs établissements.


À l’Hôtel de Toiras, nous avons eu l’occasion de découvrir deux expressions de cette production. Le rouge, issu du terroir de Puisseguin-Saint-Émilion, déploie un profil structuré mais frais, dans lequel le Cabernet Franc, majoritaire, apporte finesse et verticalité, complété par la rondeur du Merlot.


Le blanc, commercialisé sous le nom de Clarisse Chardonnay, adopte un registre plus immédiat et lumineux. Sa fraîcheur accompagne naturellement l’atmosphère maritime de Saint-Martin et crée un lien inattendu entre le vignoble bordelais et l’océan Atlantique.


Servir les vins de la propriété au sein de l’hôtel ne relève donc pas d’un simple exercice de marque. Cela renforce la cohérence d’un univers familial dans lequel l’hospitalité, la gastronomie et le vin se répondent constamment.


© Photo éditoriale — Gastrognito / A.L.
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Le luxe de la cohérence


Ce qui reste après un séjour à l’Hôtel de Toiras n’est pas uniquement la vue sur le port, la beauté d’une suite ou le souvenir d’une assiette de pâtes au homard.


C’est avant tout la cohérence d’une maison qui ne semble jamais avoir cédé à la tentation d’en faire trop. Le décor historique conserve ses aspérités. Le service accompagne sans envahir. Le restaurant valorise les produits de l’île sans transformer le terroir en argument marketing. La Villa Clarisse offre une respiration complémentaire, tandis que les vins du Château Clarisse prolongent l’histoire familiale jusque dans les verres.


Dans un univers du luxe souvent obsédé par la nouveauté, le Toiras rappelle que l’émotion naît parfois de ce qui a été patiemment préservé : une façade tournée vers le port, une chambre avec une histoire, un jardin caché derrière un mur et une recette devenue signature.


Une adresse mythique, certainement. Mais surtout une maison profondément attachante, qui donne envie de revenir à Saint-Martin-de-Ré simplement pour retrouver la lumière du port depuis la même fenêtre.


© Photo éditoriale — Gastrognito / A.L.
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